Les Bottes

L'Histoire en marche

 par Marie-Josèphe, Bossan-Picaud
(Conservateur du Musée International de la chaussure)

 

 

Copyright Musée international de la chaussure, Rue Saint Just, 26100 Romans, T +33 (0)4 75 05 51 81, musee(at)ville-romans26.fr
Crédit photographique © Christophe Villard

 

XVe

Soleret d’armure dit à « patte
d’ours ». France, XVIe siècle.

ca. 1675

Botte de Postillon en cuir noir appelée aussi botte de sept lieues. Les sept lieues représentent la distance parcourue par les postillons entre deux relais. Poids 4,350 kg chacune. France, fin du XVIIe siècle.

XVIIe

Botte de Mousquetaire en cuir dite « à entonnoir » ou « à chaudron » ornée d’une fleur de lys en creux. France, XVIIe siècle.

XVIIe

Botte à entonnoir en cuir ornée de fleurs de lys en relief. Epoque Louis XIV. Collections Jacquemart, dépôt du Musée National du Moyen-Âge, Thermes de Cluny, Paris.

XVIIIe

Botte de cavalière en velours violet brodé de motifs floraux en fil or et argent. Portée lors des déplacements de la résidence d’hiver. Perse, XVIIIe siècle.

XVIIIe

Botte de femme. Velours rouge et soie verte brodés de fil or et argent en relief. Touffe de fils de soie. Jointure à la mode tartare, enserrant une bande de velours vert. Talon bois recouvert de peau de requin. Provenance incertaine (Turkestan russe, Ouzbekistan ou Turkemenistan
russe ?).

 

1804 - 1814

Botte en cuir noir attribuée au Maréchal Oudinot. Haut de la tige orné de piqûres en festons. France, Premier Empire.

XIXe

Botte de mariage. Botte de femme en cuir blanc en deux parties. Haut de tige brodé. Botte intérieure en toile blanche brodée de fleurs. Doublure en peau de phoque repliée sur l’endroit formant un revers. Groënland, XIXe siècle.

XIXe

Botte à genouillère. Travail et décor du cuir de l’Afrique Noire témoignant de la virtuosité technique des artisans africains. Semelle souple en peau. Vers 1880 ou début XXe siècle

XIXe

Botte de Mandarin (Homme de la Cour ou personnage de théâtre) en satin bordeaux, entièrement brodée couleur et fil métal. Applications de satin: tête de dragon stylisée. Épaisse semelle bateau recouverte de toile blanche. Protection cuir. Bout carré relevé. Chine, XIXe siècle.

 

XIXe

Botte d’homme en peau de requin. Semelle plate en cuir à bout relevé. Mongolie, XIXe siècle.

XIXe

Botte d’homme en cuir vert brodé, rehaussé d’incrustations de motifs polychromes de style Russe et d’Europe Centrale. Talon en demi-lune et semelle en cuir. Russie, XIXe siècle.

Oriental armour, full suit with long boots from Lahore, India, 1770. Courtesy of Trustees of the Wallace Collection

 

Bruits de bottes

par Gilles Bransbourg

 

 

La botte masculine – qui semble associée depuis des temps immémoriaux à la chose militaire – ne servait pourtant à l’origine qu’à tenir chaud. L’homme des neiges retrouvé dans les Alpes tyroliennes en est le témoin archéologique involontaire. Le soldat professionnel, produit des premières sociétés organisées, évoluait dans les zones tempérées de l’Orient et de la Méditerranée et se devait d’être aussi léger que possible. L’égyptien attaque pieds nus, le romain en sandales cloutées. La botte n’est pas encore nécessaire; le fantassin assyrien dispose d’une cuirasse qui lui descend jusqu’aux pieds, les hoplites grecs sont munis de jambières, les légionnaires de Rome se protègent derrière leur long bouclier, et les lourds cavaliers Sarmates ainsi que leurs chevaux sont entièrement recouverts d’une armure.

 

Tout change lorsque les cavaliers des steppes apportent avec eux l’étrier. Désormais, les hommes de Charles Martel peuvent faire corps avec leur cheval pour charger. L  botte s’enfonce dans l’étrier, fournit au chevalier son assise puis se recouvre d’acier. Le piéton est alors balayé des champs de bataille de l’Europe jusqu’à la revanche de la piétaille flamande et anglaise sur le chevalier français, à Courtrai, Poitiers, Crécy et Azincourt. Si les cavaliers des temps modernes s’allègent ensuite pour gagner en mobilité face aux armes de jet puis à feu, ils conservent néanmoins la botte, plus visible que jamais, aboutissement noir et lustré des uniformes chamarrés qui ne connaissent pas encore la nécessité du camouflage. Cheval, étrier et bottes constituent la trinité de la reine des batailles, portée à son apogée tactique par Napoléon.

 

Mais l’alliance du feu et du moteur permet le char d’assaut, qui emporte la décision de 1918. La leçon est ensuite oubliée par ses inventeurs, et ce sont les officiers allemands, malgré le port déjà anachronique de la botte, qui finissent de remplacer le cheval par la division blindée. Puis la particulière décontraction des soldats américains de la Libération évacue finalement la botte de l’univers pratique de la guerre. Si les dictateurs nostalgiques de l’Amérique latine et les troupes des états communistes paradent encore bottés, son usage opérationnel se réduit de nouveau aux climats froids d’où elle était venue.

 

Il ne reste désormais qu’une légende, des images et quelques parades élégantes pour rappeler qu’avant de rendre désirable la silhouette des femmes, la botte a été un redoutable instrument au pied des hommes.

Toan Vu Huu & Arnika Müll

1001 Bottes

 par Catherine Örmen

 

Les femmes élégantes décident d’abord de ce qu’elles mettront aux pieds avant de choisir vêtements et accessoires car, c’est un truisme, on n’évolue pas de la même manière en bottes cavalières ou chaussée de talons aiguilles. Ainsi, le bon sens réserve-t-il aux effets de style l’art de porter des cuissardes sous une robe du soir !

 

C’est Coco Chanel qui, la première, se fit faire en 1958 par son bottier Massaro, des bottes bicolores à talons presque plats, qui couvraient les trois quarts du mollet. Chanel les portait, non pas avec un pantalon, mais bien sous ses fameux petits tailleurs. Du jamais vu ! Ce dispositif avait, à ses dires, le mérite d’allonger la silhouette …

 

Depuis, la botte a fait du chemin. Les créateurs l’ont transformée en cuissarde hyper-sexy, ils ont usé de vinyle, de veau velours ou de jean brodé, et la botte s’est muée en bottillon empanaché, en godillot urbain ou en bottine de pluie aux inclusions de dentelle. C’est ce que montrait encore récemment l’exposition « Mille et un accessoires » de l’Hôtel Arturo Lopez, à Neuilly-sur-Seine.