L'Histoire en marche
par Marie-Josèphe, Bossan-Picaud
(Conservateur du Musée International de la chaussure)
Copyright Musée international de la chaussure, Rue Saint Just, 26100 Romans, T +33 (0)4 75 05 51 81, musee(at)ville-romans26.fr
Crédit photographique © Christophe Villard
Bruits de bottes
par Gilles Bransbourg
La botte masculine – qui semble associée depuis des temps immémoriaux à la chose militaire – ne servait pourtant à l’origine qu’à tenir chaud. L’homme des neiges retrouvé dans les Alpes tyroliennes en est le témoin archéologique involontaire. Le soldat professionnel, produit des premières sociétés organisées, évoluait dans les zones tempérées de l’Orient et de la Méditerranée et se devait d’être aussi léger que possible. L’égyptien attaque pieds nus, le romain en sandales cloutées. La botte n’est pas encore nécessaire; le fantassin assyrien dispose d’une cuirasse qui lui descend jusqu’aux pieds, les hoplites grecs sont munis de jambières, les légionnaires de Rome se protègent derrière leur long bouclier, et les lourds cavaliers Sarmates ainsi que leurs chevaux sont entièrement recouverts d’une armure.
Tout change lorsque les cavaliers des steppes apportent avec eux l’étrier. Désormais, les hommes de Charles Martel peuvent faire corps avec leur cheval pour charger. L botte s’enfonce dans l’étrier, fournit au chevalier son assise puis se recouvre d’acier. Le piéton est alors balayé des champs de bataille de l’Europe jusqu’à la revanche de la piétaille flamande et anglaise sur le chevalier français, à Courtrai, Poitiers, Crécy et Azincourt. Si les cavaliers des temps modernes s’allègent ensuite pour gagner en mobilité face aux armes de jet puis à feu, ils conservent néanmoins la botte, plus visible que jamais, aboutissement noir et lustré des uniformes chamarrés qui ne connaissent pas encore la nécessité du camouflage. Cheval, étrier et bottes constituent la trinité de la reine des batailles, portée à son apogée tactique par Napoléon.
Mais l’alliance du feu et du moteur permet le char d’assaut, qui emporte la décision de 1918. La leçon est ensuite oubliée par ses inventeurs, et ce sont les officiers allemands, malgré le port déjà anachronique de la botte, qui finissent de remplacer le cheval par la division blindée. Puis la particulière décontraction des soldats américains de la Libération évacue finalement la botte de l’univers pratique de la guerre. Si les dictateurs nostalgiques de l’Amérique latine et les troupes des états communistes paradent encore bottés, son usage opérationnel se réduit de nouveau aux climats froids d’où elle était venue.
Il ne reste désormais qu’une légende, des images et quelques parades élégantes pour rappeler qu’avant de rendre désirable la silhouette des femmes, la botte a été un redoutable instrument au pied des hommes.
1001 Bottes
par Catherine Örmen
Les femmes élégantes décident d’abord de ce qu’elles mettront aux pieds avant de choisir vêtements et accessoires car, c’est un truisme, on n’évolue pas de la même manière en bottes cavalières ou chaussée de talons aiguilles. Ainsi, le bon sens réserve-t-il aux effets de style l’art de porter des cuissardes sous une robe du soir !
C’est Coco Chanel qui, la première, se fit faire en 1958 par son bottier Massaro, des bottes bicolores à talons presque plats, qui couvraient les trois quarts du mollet. Chanel les portait, non pas avec un pantalon, mais bien sous ses fameux petits tailleurs. Du jamais vu ! Ce dispositif avait, à ses dires, le mérite d’allonger la silhouette …
Depuis, la botte a fait du chemin. Les créateurs l’ont transformée en cuissarde hyper-sexy, ils ont usé de vinyle, de veau velours ou de jean brodé, et la botte s’est muée en bottillon empanaché, en godillot urbain ou en bottine de pluie aux inclusions de dentelle. C’est ce que montrait encore récemment l’exposition « Mille et un accessoires » de l’Hôtel Arturo Lopez, à Neuilly-sur-Seine.















